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Où ils n'ont pas le pied marin malgré le vent en poupe
Chapitre VII

Alors qu'ils assistaient à un concert de Bwork n' Trool dans la taverne de Sufokia, nos héros furent soudain plongés dans le noir par un bâteau. Plus précisément, un navire avait fracassé l'un des murs et la proue s'était encastrée dans une partie de la salle. Cela prouve à qui en douterait que la tempête faisait vraiment rage et qu'il ne faut pas faire confiance aux murs en torchis de Castor Amarre, le bricoleur mégalo qui confond déco et bistro.

Les Ecaflip étaient sous le choc. La salle était entièrement ravagée. En lieu et place du mur à trophée de pêche, se trouvait actuellement une statue de jeune femme à moitié dénudée et arrimée à une proue de navire. Entre les cris et les mouvements de panique, il était difficile de s'y retrouver. À l'extérieur, les choses n'étaient guère plus calmes. Le vent de la tempête faisait concurrence à celui de la panique. Pourtant, on pouvait distinctement entendre Lily hurler sur ses hommes. Si elle continuait ainsi, nul ne doute qu'elle atteindrait les ultrasons et que seuls les Crocs Glands pourraient l'entendre.
Cette célèbre capitaine de Madrestam était très connue en raison de son goût pour le civet de Wabbit et son caractère de chien.
Intraitable et irascible avec son équipage, elle savait se montrer mielleuse envers les potentiels clients pour une traversée maritime. Là, elle montrait son visage de furie et menaçait de traîner par les ongles de pieds l'un de ses hommes, afin de lui faire payer l'erreur de trajectoire. Il faut dire que son second s'était assoupi sur la barre du tout nouveau navire et l'avait fait dériver vers Sufokia au lieu de le mener sur l'île de Wabbit.

Pendant cette mémorable engueulade, les blessés étaient évacués hors de la taverne pour que les Eniripsa puissent lancer des Mots Soignant. Certains Ecaflip plus joueurs que d'autres en profitaient pour faire des paris sur le nombre total de victimes. D'autres pariaient également sur le temps de vie restant au second de Lily.

Quant à nos héros, ils essayaient d'apporter leur contribution même s'ils savaient que durant cette scène, ils étaient mis au second plan. Lirufec participait au sauvetage des blessés, n'hésitant pas à faire usage du Mot de Sacrifice dans les cas les plus graves. Domy avait invoqué des Bouftous pour évacuer les blessés et un Craqueleur pour déblayer les décombres. Mortimer faisait un parfait détecteur de victimes il lui suffisait de « sentir » les kamas des Ecaflips sous les décombres pour guider les secours (comme quoi, l'appât du gain mène à tout). Quant au Iop, il employait son Souffle pour pousser les blessés hors de la zone dangereuse. Tout ceci n'est sans doute pas très épique, mais nos héros se comportaient de façon admirable. Après tout, Lirufec aurait pu en profiter pour mater le dessous des jupes des Ecaflipettes, Mortimer aurait pu aider certaines victimes à se décharger de leurs kamas inutiles, Kevlhard aurait pu rester là à essayer de comprendre la situation et Domy aurait pu en profiter pour quitter ses compagnons et retourner chez sa mère (quoique...).

***

— Bon, et maintenant on fait quoi ?
Kevlhard avait posé la question qui fâche. Le silence s'était fait aussitôt. Domy se mit à regarder son Tofu de compagnie dans le blanc des yeux, l'Eniripsa à fixer la poitrine de l'Osamodas (qui était pile à sa taille), et le Sram à compter ses os.
Depuis la nuit d'orage et l'empalement du vaisseau de Lily, nos héros n'avaient guère avancé dans leur quête de gloire.
— On n'avait pas dit qu'on irait dans le territoire des Dopeuls pour chercher des pierres et faire fortune en les revendant ? hasarda Mortimer.
— Oui, mais en même temps l'Ecaflip qui nous a proposé ça a dit qu'il ne pariait pas un kama sur la survie de notre équipe, répliqua Domy tout en donnant une gifle au lutin lubrique.
— En même temps, tu proposes quoi comme plan de secours, Miss Monde ? grommela Lirufec en se frottant la joue endolorie.
Silence de mort. On pouvait presque entendre le cerveau du Iop fonctionner (vu la mécanique sommaire qui y préside, et la poussière dans les rouages, la mise en marche des petites cellules grises de Kevlhard provoque toujours un bruit caractéristique).

Réunis sur l'un des nombreux pontons de Sufokia, ils cherchaient une idée pour enfin devenir des héros de légende. Force est de constater qu'ils devenaient des chercheurs professionnels, car ils ne trouvaient pas chose.
Mortimer finissait par se demander s'il ne pouvait pas la voler à quelqu'un. Mais il avait fait voeu de repentance et ne devait plus avoir de pensée négative.
— Et si on accompagnait Lily sur son bateau ? s'exclama soudain Kevlhard. Y a plein de blessés dans l'équipage. On pourrait bosser à leur place et voyager gratos.
— Non ?! hurla Lirufec. C'est pas possible ! La boite de conserve a pondu une idée. L'Eniripsa ne savait plus s'il devait être étonné par l'idée ou le fait que ce soit le Iop qui l'ai eu avant les autres.
— Ça me fait mal de le dire, mais le Iop a raison, soupira Domy.
Elle aussi avait du mal à croire que Kevlhard soit capable d'énoncer une phrase intelligible.
— Ben quoi ? L'est pô bien mon idée ? s'enquit le Iop.

Les trois compagnons se mirent à examiner le disciple du dieu guerrier d'un oeil suspicieux. Il avait toujours un langage de bwork, mais il avait un raisonnement, une pensée qui se détachait de la suite de mots sortant de sa bouche.
Domy, Lirufec et Mortimer reculèrent d'un pas et en fixant le Iop d'un air méfiant.
— J'ai pas rêvé ? Hein, la petite brute a eu une idée, murmura l'Eniripsa.
— Non, mais là il m'inquiète, dit la jeune Osamodette.
— Depuis la tempête, il est un peu bizarre marmonna le Sram. Vous avez remarqué le bruit de son cerveau ?
Les deux autres hochèrent la tête en prenant garde de ne pas quitter Kevlhard du regard.
— Ouais, ça fait « crac crac » dit Lirufec
— Obsédé, va ! lança Domy en lui donnant une tape sur le crâne.
— Non, mais il a raison, tempéra Mortimer. Ça fait « crac boum » dans son cerveau. Avant, ça ne faisait pas de bruit.
— Il doit avoir entendu ça quelque part, dit Domy en essayant de se rassurer. Il ne peut pas être devenu intelligent depuis la tempête. Je suis sure qu'il nous mène en bateau.
— J'suis médusé, conclu Lirufec.
Comme ils n'avaient pas de meilleure idée, les trois compagnons prirent Kevlhard au mot.
Après tout, un Iop intelligent est-ce plus invraisemblable qu'un Sram honnête ou un Eniripsa libidineux ?

***

Trois jours déjà.
Trois jours de pleine mer et nos héros trimaient sous les ordres de Lily. Ils pensaient voyager gratuitement vers de nouveaux horizons et des aventures dignes de ce nom.
Ils pensaient faire un minimum. Ils n'auraient pas dû écouter le Iop...
Domy s'occupait des fourneaux avec le mousse Lynne. Le vent ayant tendance à lifter sa jupette, elle préfèrait éplucher les patates plutôt que de subir les assauts verbaux incessants de Lirufec.
Pendant ce temps, l'Eniripsa égrillard était devenu la trousse de secours la plus employée de tout Amakna. Entre les blessés de la tempête et ceux qui se faisaient mal pour échapper aux corvées, il n'avait presque plus le temps de compter fleurette aux rares représentantes féminines du bateau. D'un autre côté, celles-ci avaient autant de charme qu'une Mama Koalak. Comme elles n'avaient que peu de temps, elles avaient tendance à laisser leur poils se transformer en forêt vierge. Ce n'était plus une lame de rasoir qu'il leur fallait mais bien une serpe.

Comme il avait des jambes de faucheur, Mortimer était employé à faire les trajets sur les cordes entre les passerelles les plus élevées du navire. N'ayant que la peau sur les os, il filait d'un point à l'autre avec légèreté. Le petit Sram était ainsi devenu un messager diligent, un peu comme si Isis s'était drapée de noir au lieu de son écharpe multicolore. Mais je m'égare. Le Panthéon du Monde des 12 ne comporte pas de divinité gréco-romaine.

Finalement, Kevlhard était sans doute le seul à « profiter » du voyage vu qu'il ne travaillait pas. En effet, il vomissait tripes et boyaux. Il y passait tant de temps que certains se demandaient même s'il n'était pas « enceint », vu ses nausées matinales (qui duraient toute la journée).

Et, c'est ainsi que les quatre compagnons voyagèrent sur le navire de Lily en direction de L'île des Wabbits. Nous ne nous attarderons pas plus longtemps sur ce trajet car il ne fait guère honneur aux qualités héroïques de nos personnages. Mais comme le dit un célèbre chanteur, « les trompettes de la renommée sont mal embouchées ».

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