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Où il y a le ciel, le Soleil, la mer, (bis en choeur)...
Chapitre V

Toujours unis comme les quatres doigts de la main, Mortimer, Domy, Lirufec et Kevlhard se sont retouvés dans le Donjon Abraknyde, sans même avoir eu le temps de dire « ouf » ou « flûte » ni même « pfiou ». Après quelques combats (nécessairement épiques), ils eurent la surprise de trouver un morceau de Dofus. C'est du moins ce que laisse entendre la fin du chapitre précédent. Mais peut-on réellement se fier aux paroles d'un personnage qui s'exprime juste après avoir été assommé par une Frappe du Craqueleur ?

Tous les regards se portèrent sur le Iop. Il venait de prononcer le mot magique, le terme désignant l'objet ultime, la quête à achever !
Bref, il venait de prononcer le mot « Dofus ». C'est fou ce que cinq lettres peuvent créer comme excitation.

Revoyons la scène au ralenti pour ceux qui n'auraient pas bien suivi. La petite Osamodas lance le sort Frappe du Craqueleur pour achever un Abraknyde renâclant à mourir. Le jeune Iop écervelé ne se pousse pas de la zone de dégâts car les notions de « retrait » et de « protection » sont en dehors de son champ conceptuel (réduit aux notions essentielles de « cogner », « frapper », « laminer »). Il prend de plein fouet le sort de l'Osa et se retrouve écrasé par la puissance de l'attaque, par les morceaux d'Abraknyde qui ont volé en éclats suite au choc et par les morceaux de donjon qui se sont effondrés au passage.

Kevlhard n'était pas au pied du mur, mais bien en dessous, quand il en resurgit avec un morceau brillant qu'il estimait être un Dofus. Avec ça en main, il espérait bien couper la chique à ses compagnons.

Et il y parvint ! Ses compagnons restèrent bouche bée pendant un long moment, le regard plein d'étoiles et d'envie face à ce morceau de Dofus.

— Alors, ça ressemble à ça ? s'enquit Domy qui ne lâchait pas des yeux le fragment d'oeuf de Dragon.
— Ben, j'vois pas c'que ça peut être d'autre, répliqua le Iop en s'extirpant des gravats.
— C'est vrai que ça brille comme une mine d'or en plein soleil, renchérit le Sram avide de trésor.
— Mais pourquoi est-ce qu'il y aurait un morceau de Dofus dans un donjon Abraknyde ? s'interrogea l'Eniripsa, dans un élan de lucidité. On est pourtant pas à côté du Chêne Mou ni de la forêt maléfique où réside le Dark Vlad. Il n'y a pas de raison pour trouver un truc pareil ici. Et d'abord, où sont les autres morceaux ?
— Ben, peut-être qu'que part sous nos pieds, dit simplement Kevlhard en continuant à enlever la poussière de son pantalon en lambeaux.
— En tout cas, ça brille trop pour être honnête. Et ça, je m'y connais, ajouta le Sram.
Mais, t'es sûr que ça ressemble à ça ? redemanda Domy, de moins en moins convaincue par les paroles de Kevlhard à mesure que Lirufec les remettait en doute.
— Pff... Ce serait quoi alors ?
— Moi, je pense que l'on ferait bien de demander l'avis à un expert, s'exclama l'Eni.
— Je suis d'accord, confirma Mortimer. Mais pas question de retourner voir Lykhen Lesurviven. Il m'a traité de tête de mort, le vieux schnock !
— Oh, non ! Surtout pas ce vieux radoteur La dernière fois, j'ai eu trop mal au crâne à force de l'écouter.

(Il faut dire à la décharge de nos pauvres héros que Lykhen prend son pied en tenant la jambe aux aventuriers de passage, même lorsqu'ils sont culs-de-jatte c'est dire son pouvoir de persuasion).

— Alors on fait quoi ?
Après une bonne minute de silence, Domy s'écria « Je sais ! On va demander au Père Tinente ! C'est un vieil Osa qui habite Sufokia. C'est le plus sage des Osamodas ! On raconte même qu'il a connu Onehaieuf Bek qui a créé l'Amulette Omelette en préparant le petit-déjeuner à ses amis. Père Tinente a toujours réponse à tout. »
— D'accord, mais Sufokia c'est un peu à l'autre bout d'Amakna. Y a au moins une semaine de marche et j'ai plus de pantalon. C'est pas décent pour un héros.
— Pas grave, tu as la tenue de plage idéale pour aller te mouiller les pieds. Tu pourrais quand même me remercier de t'avoir taillé un short ! Mais sinon, t'as une meilleure idée ? Un autre expert à nous proposer ? s'enquit l'Osa avec une pointe de raillerie.
— Non, admit le Iop.
— Bon, dans ce cas, allons voir ce Père Tinente. Ce n'est pas dix jours de marche qui vont nous effrayer ! conclut Lirufec. Mort ? T'en penses quoi ?
— Eh Mort ? Morti ? demanda Domy
— Oh ! oh ! oh ! MORTIMER ! crièrent en coeur les trois compagnons un peu paniqués par la pâleur plus cadavérique du Sram.

Hélas, il était trop tard, le jeune Sram (essayant d'être) honnête était tellement absorbé par la contemplation du morceau de Dofus qu'il s'était mis en transe.
Ce n'était pas du tout bon signe et la dernière fois, il avait tenté de tailler en menus morceaux le pauvre Metag Grobill qui tentait juste de les arnaquer.

— C'est pas bon : il est en transe !! Range le Dofus ! hurla Lirufec.
— Hein ? bah pourquoi ? demanda le Iop toujours aussi en avance sur son temps.
— Domy ! Lance une Frappe du Craqueleur sur Mort, ordonna l'Eniripsa en prenant le morceau de coquille d'oeuf et en courant loin de l'Osamodas.

Ravie de faire à nouveau usage de son sort favori, la jeune invocatrice ne se fit pas prier deux fois. La Frappe du Craqueleur tomba sur le Sram et le Iop qui était resté coi en se demandant pourquoi il fallait ranger le Dofus.
Une fois la poussière retombée, Lirufec sortit de sa cache et aida Domy à extirper Kevlhard et Mortimer des décombres. Sonné, mais redevenu normal, le Sram se mit à compter ses Os comme le lui avait appris Struk'toer Nhin lorsqu'il était encore à Incarnam.
Pendant ce temps, Domy invoquait un Bouftou pour nettoyer le Iop de la poussière qui le recouvrait. En effet, la laine de Bouftou est une excellente texture qui absorbe la poussière sans jamais la relâcher (d'où une certaine odeur).
— Vas-y Didi ! Frotte-toi contre la boîte de conserve ! ordonna-t-elle à son animal domestique.

Le Iop qui n'était déjà pas très doué pour la réflexion semblait définitivement perdu dans les nuages. Il se laissa faire sans même bouger.
— Bon alors, les petits, s'exclama le nain de la bande, on s'en va vers Sufokia. Tout va bien ?
— Y a pas d'os, répondit le Sram
— Trop bien ! cria la jeune Osamodas avant de donner une claque sur le postérieur de son Bouftou qui se fit un malin plaisir de mettre en branle le Iop et de l'orienter dans la bonne direction à coup de cornes.

***

Là, je pourrais vous raconter leur périple à travers la forêt, les clairières et les chemins. J'aurais sans doute dû vous faire de longues descriptions vous vantant la flore si pittoresque d'Amakna.
Ah, ces Roses Démoniaques qui se défendent des amoureux transis et des fleuristes amateurs, en crachant une bave empoisonnée ! Ces Pissenlits Diaboliques que l'on déguste en salade mais qui préfèrent qu'on les mange par la racine ! Ces Tronknydes un peu durs de la feuille sans pour autant être mous de la branche !
Ah, toute cette végétation foisonnante !

Toutefois, comme je suis non seulement un narrateur omniscient mais surtout un fainéant, je me contenterai de reprendre le récit après sept jours de marche bucolique dans la campagne amaknéenne. De toute façon, les descriptions ne plaisent plus au jeune public. Alors à quoi ça sert que je me décarcasse ?

***

Bien des jours après avoir quitté la forêt des Abraknydes, nos héros marchaient péniblement vers Sufokia. On a beau se dire « sous les pavés, la plage », la route n'en est pas moins pénible et les pieds moins douloureux. Sans compter la faim qui les tenaillait depuis deux jours. Ils n'avaient plus de provision et aucune taverne n'était en vue. Ainsi, ils passaient leur journée sur la route à bouffer des briques à la sauce cailloux. Je dis cela de façon imagée, bien évidemment, car seuls les Craqueleurs ont une dentition et un estomac adapté à ce genre de régime alimentaire.
— J'ai faim, gémit Kevlhard.
— Mange ta main, garde l'autre pour demain, rétorqua Domy.

C'était le même cirque depuis la liquidation du stock de Pain aux Noisettes, cet aliment au goût subtil garanti sans colorants, ni conservateurs. Le Iop geignait péniblement et l'Osa lui criait dessus afin de se passer les nerfs car, elle aussi, elle avait les crocs.
Mais pas question d'invoquer une créature pour la sacrifier à l'autel de la gastronomie des aventuriers perdus.

Fatigués et affamés, nos quatre fantastiques héros n'en menaient pas large. Ils s'étaient dit que ce n'était pas la mer à boire, mais ils découvraient que pour aller sur les côtes de la Mer d'Asse, il fallait tout de même souffrir.

Heureusement, le bleu de l'océan se laissait voir à l'horizon : la fin du voyage était proche. Ils s'arrêtèrent à un Zaap (sorte de porte de voyage spatio-temporelle) afin d'activer les codes et sauvegarder les positions de cet accès dans leur agenda de voyage. La prochaine fois, ils pourront arriver directement là sans avoir à marcher. Comment fonctionnent les Zaaps ? Je ne vous le dirai pas.
Ce n'est pas parce que je suis un narrateur omniscient que je vais vous dévoiler tous les secrets de ce monde. Faut pas rêver !

Pour en revenir à nos compagnons, sachez que contrairement à ses petits (surtout l'Eni) camarades, Kevlhard n'a pas eu l'intelligence de s'arrêter de marcher une fois le Zaap atteint. La faim l'ayant mis dans un état second, il a continué sa route vers la mer, puis dans la mer avant de manquer de se noyer. Heureusement que les réflexes de survie sont plus développés chez les Iops que leur intelligence, sinon la classe aurait disparu depuis bien longtemps...

Comme le disent les sages, il vaut mieux boire la tasse que se noyer dans un verre d'eau. C'est précisément ce que fit Kevlhard.
Après une bonne rasade d'eau salée, il reprit ses esprits et rejoignit ses partenaires. Ceux-ci ne firent même pas de commentaires : ils étaient occupés par tout autre chose. Domy s'ingéniait à rassurer et à câliner une de ses invocations refusant de la suivre et de passer le pont vers Sufokia (en l'occurrence un sanglier). Lirufec était absorbé dans la contemplation de la scène en s'imaginant à la place du gros porc sauvage.
Quant à Mortimer, il récitait le crédo de la Ligue des Repentants en tremblant pour ne pas sauter à la gorge de l'Eni qui avait conservé le morceau de Dofus.
Si certains claquent des dents, lui faisait surtout craquer ses os.

Avant d'aller voir le vieil Osamodas, ils allèrent dire « Bonjour » aux quelques habitants de la cité abandonnée. Ils allèrent d'abord saluer Mèr (Denis de son prénom). C'est le plus gros fainéant de toute la contrée d'Amakna. Certes, il n'a pas inventé le fil à couper l'eau chaude, mais il a souvent de très sages réflexions.
Selon lui, il ne faut jamais remettre au lendemain ce que l'on peut faire le surlendemain. L'indolence de Mèr est due à un décalage horaire entre le cerveau et les membres du corps. Cela l'oblige à tout faire assez lentement, au cas où l'une des parties parviendrait à rattraper les autres.

Mortimer et ses compagnons passèrent aussi à la piscine de Pichons pour voir Roupi Chipon, l'ancien poissonnier de la cité. À force d'entendre râler ses clients au sujet de la fraîcheur de ses produits, il avait décidé d'abandonner son métier pour proposer un divertissement piscicole.
Il proposait dorénavant aux touristes de faire des concours de pêche aux Pichons*. Contre une modique somme de kamas, vous pouvez pêcher pendant des heures. Ne croyez pas qu'il essaye de vous rouler dans la farine en vous vendant du poisson pas né.

Grâce à sa piscine, vous êtes toujours sûrs de faire de belles prises car celle-ci est pleine à craquer.
Les Pichons y sont serrés comme des sardines !

Finalement, nos héros arrivèrent dans une petite maison qui ne paie pas de mine. Le Père Tinente s'y était installé pour ses vieux jours, loin de l'effervescence d'Astrub et d'Amakna. Il y vivait retiré avec la grosse Lalie, Ecaflip à fourrure longue et soyeuse dont la sensualité n'a d'égale que celle des Mamas Bwork en rut.

Domy se présenta en tant qu'humble disciple d'Osamodas sollicitant l'avis éclairé du maître.

Après plusieurs heures d'attente, le vieil Osa consentit à accueillir nos héros. Y a pas à dire, y a plus de jeunesse et quelle idée de déranger les gens en pleine sieste, post-déjeuner, semblait-il penser tout en laissant son estomac digérer péniblement le repas précédent dans d'affreux gargouillements. Son entrain à répondre aux questions aurait pu clouer le bec à n'importe qui, sauf Domy. À cet âge là, on ose tout et n'importe quoi (surtout après plusieurs jours sans manger et de longues heures de marche avec un nain toujours placé derrière soi ou juste à bonne hauteur sous la poitrine naissante).

La jeune Osa s'attendait à ce que le Père Tinente soupèse avec révérence le morceau de Dofus et la félicite d'avoir trouvé un objet si rare et si précieux. En réalité, le vieillard y jeta un coup d'oeil dédaigneux, avant de lever les yeux au ciel et de dire sèchement :

« Comment peux-tu croire un Iop, ma pauvre fille ? Tu es indigne d'Osamodas, le Créateur de Monde. Tu oses mettre sous mon nez un Dofawa ! Ceci n'est pas un Dofus, mais une copie créée à partir d'un oeuf de Dragodinde ! Rapporter de tels oeufs est passible de prison. Ce n'est pas avec un tel compagnon que tu arriveras à quoi que ce soit. Le Sram et l'Eni, passe encore. Mais un Iop ! Tu fais vraiment honte à notre classe ! »

La jeune Osamodas avait les larmes aux yeux. Tout ce trajet pour ça ! Elle ne savait pas ce qui était le pire : l'humiliation devant le Père Tinente ou le fait d'avoir cru en un Iop. Pendant que Lirufec en profitait pour la serrer dans ses bras et placer le nez à un endroit stratégique, Mortimer entraîna le Iop vers la sortie.
Inutile de faire un scandale et de compliquer la situation.
Le Sram était finalement le seul à être soulagé que l'objet ne soit pas un Dofus. Au moins, maintenant, il ne serait pas tenté de tuer un de ses compagnons pour s'en emparer. Après une dizaine de jours de supplice, l'apaisement était tel qu'il en oubliait sa faim.


* Contrairement aux poissons dont la croissance est excessivement rapide entre le moment où il est pris et le moment où l'on en fait la description à ses amis, le Pichon est certifié au niveau de son poids. Impossible de mentir et de dire que vous en avez plus gros que les autres !

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