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Un moulin à parole leur fait broyer du noir
Chapitre III

Lorsqu'un Sram essaie d'être honnête (dans une certaine mesure), il n'est pas rare que le naturel revienne au galop de manière totalement inopinée (et brutale). C 'est précisement ce qui s'est produit dans la taverne d'Astrub, lorsciue Metag Robill a tenté de vendre des informations sur Uk'Not'Allag et son bras droit, Vil Smisse.

Le guerrier au casque à cornes aurait dû se méfier du petit groupe d'aventuriers et surtout du jeune disciple Sram, qui passait d'une couleur à une autre de manière aléatoire.
Mortimer, tel était son nom, l'avait plaqué au sol, une dague contre la veine jugulaire et une autre contre l'estomac, en moins de temps qu'il n'en faut pour dire « ouf ».

Ses compagnons durent l'assommer à coups de chaise pour qu'il relâche sa prise. Et encore ! Même évanoui, Mort' avait une poigne terrible. Ses articulations avaient une rigidité cadavérique.

Lirufec l'Eniripsa donnait les premiers soins à Metag pendant que Domy négociait avec le patron de la taverne pour ne pas paver trop cher la chaise cassée.
Kevlhard observait la scène d'un oeil distrait. Il n'avait toujours pas compris pourquoi les violettes étaient importantes, ni pourquoi il n'avait pas le droit de sortir son épée ou de fracasser les gens avec le mobilier, alors que ses compagnons venaient de le faire.

Metag se ressaisit assez vite de son agression d'un point de vue physique (mais pas psychologique). De peur de se retrouver à nouveau agressé, il leur avoua qu'en réalité, il ne savait pas du tout où se trouvait Uk'Not'Allag et Vil Smisse. Il y avait bien une rumeur selon laquelle le Roublard se cachait dans l'île du Minotoror, mais rien n'était moins sûr. Déçus, les quatre compagnons laissèrent le guerrier malmené fanfaronner auprès d'autres jeunes aventuriers.
Ils n'avaient plus qu'à payer le mobilier cassé et trouver un autre but à leur aventure. Car comme tous les héros, ils étaient bien décidés à accomplir une quête leur procurant amour, gloire et beauté (ce dernier élément étant très accessoire).

***

Pour obtenir des renseignements, rien ne vaut la fréquentation d'une auberge. Celle d'Amakna restait le meilleur endroit pour se tenir au courant des évènements du Monde. Elle était à la fois pittoresque et conviviale.
La bière y coulait à flot et déliait les langues. Elle rendait aussi les coups moins vifs et permettait à tout un chacun de ressortir à peu près vivant (amoché, mais globalement vivant). C'est pourquoi les quatre compagnons s'y rendirent rapidement.

Le lecteur critique pourrait bien sûr railler la rapidité avec laquelle les aventuriers enchaînent les débits de boisson au lieu de multiplier les combats. Le fait est que l'équipe nouvellement constituée n'était pas très performante au niveau tactique. Et vu l'état de Mortimer, mieux valait ne pas le brusquer.

Depuis sa crise à la taverne d'Astrub, les trois autres le regardaient avec méfiance. Qui sait quand il allait recommencer à se comporter violemment ? De son côté, Mortimer se sentait tout penaud. Il savait qu'il avait mal agi. Il le savait car on le lui avait dit. Lui, il n'en avait strictement aucun souvenir. Du coup, pour se redonner le moral, il récitait en son for intérieur les règles de la Ligue des Repentants.

Vous comprendrez aisément que, dans ces conditions, l'atmosphère était lourde. Le malaise était palpable au point que l'on aurait pu en découper quelques morceaux et les revendre. En attendant que cette idée fructueuse parvienne à se frayer un chemin dans l'esprit des héros, ceux-ci se rendirent à Amakna afin de goûter aux joies de la boisson et d'y glaner des informations sur (au choix) Uk'Not'Allag, Vil Smisse, l'île du Minotoror, la vie, l'Univers et le reste.

***

Observer les clients était un passe-temps toujours fructueux.
Cela permettait de se détendre et de voir que le danger ne prévenait jamais avant de fondre sur sa cible. C'est ainsi que nos héros avaient pu admirer une Sadidette obèse tenter d'étouffer un Xélor sous son opulente poitrine lors d'une embrassade amicale. Un Sacrieur hémophile s'était évanoui à la vue du sang de son ami Féca alors qu'un Ecaflip éméché s'était empalé sur un pied de chaise renversée en pensant s'asseoir.

Actuellement, ils étaient en pleine conversation avec Lykhen Lesurviven qui leur racontait comment il avait failli entrer en possession d'un Dofus Pourpre.
Ce vieil Enutrof quittait régulièrement la cité volante d'Incarnam pour se ressourcer en boisson gazeuse à la taverne d'Amakna.
Il adorait causer lorsqu'il buvait et buvait beaucoup lorsqu'il causait.
Pour lui, l'alcool correspondait en quelque sorte au mouvement perpétuel à la portée de l'homme.
Mortimer le Sram, Dominette l'Osamodas et Lirufec l'Eniripsa écoutaient avec beaucoup d'attention le vieillard radoter.
Après tout, il était un héros !
Certes, il avait mal vieilli, mais il restait un héros. En le faisant boire, ils espéraient pouvoir en tirer des indications pour leur futur séjour sur l'île du Minotoror. Selon la rumeur, Vil Smisse s'y était réfugié pour préparer l'avènement de Rushu avec l'aide d'Uk'Not'Allag. Accessoirement, ils n'avaient rien contre le fait de récolter des informations sur les Dofus.

— C'est bien le Dragon du Feu Ignemikhal qui a créé le Dofus Pourpre, non ? demanda Domy à Lykhen.
— Tout à fait C'est un oeuf de Dragon vraiment impressionnant et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il sent le soufre. Mais il sent bien d'autres choses encore...
— Le sang coagulé ? hasarda Mortimer.
— Euh, je ne suis pas sûr qu'Ignemikhal ait des hémorroïdes, mais pourquoi pas. Lykhen reprit une gorgée de bière avant de poursuivre. Moi j'vous le dis : mon ami Lorkos, c'est le meilleur et le seul archéologue de cette île. C'est l'un des seuls à être ressorti vivant du labyrinthe. Déjà que pour y pénétrer c'est déjà toute une histoire, hein ! Il faut plein d'objets et une personne habile de ses mains. Ben oui, faut bien ça pour les transformer en une clef ! Ensuite dans la salle des dalles, il y a toute une organisation à avoir. J'peux ravoir de la mousse s'te plaît tête de mort ?

Mortimer détestait être nommé de la sorte. Mais après trois jarres de bière, l'Enutrof ne semblait plus être en état de retenir les noms de quiconque.

— Comme on était huit et qu'il y avait vingt-cinq salles, on s'était dit qu'on devait se partager la tâche. Sauf que les salles, ben tu t'y rends pas comme ça. Dans la salle des dalles, y a des dalles et faut marcher dessus. Mais parfois faut aussi toucher à ces saletés de leviers. Sauf que les leviers, y s'ouvrent pas tout seuls. Tu comprends ?

Lirufec hochait la tête avec régularité pour inciter le vieil aventurier à poursuivre ses dires pendant que Domv notait les renseignements utiles.

— Tu vois, y a les bleus et y a les jaunes, poursuivit Lykhen. Les bleus y ouvrent des portes et les jaunes aussi. Mais c'est pas les mêmes. Et comme ça on a tourné longtemps. Puis y a un bleu qu'est venu nous aider. Sauf qu'on lui a dit de tirer les jaunes. Mais le bleu, il a mis les pieds sur la mauvaise dalle alors on était vert. On est tombé sur le Mominotor qui avait les boules. Il a pas aimé le bleu et nous on essayait de tirer le jaune pour sortir. Mais comme il fallait se battre pour avoir des reliques, ben on a laissé tomber le bleu et on lui a pris les boules. Pas au bleu, hein ! Au Mominotor. Tu suis là ?

Lirufec hochait toujours la tête avec régularité, même s'il n'avait rien compris au charabia du vieil alcoolique.

Pendant que l'Eniripsa, l'Osamodas et le Sram se consacraient au vieux héros, Kevlhard s'occupait surtout de lui. Comme de toute façon il n'était pas capable de se concentrer plus de deux secondes d'affilée sur une même idée, les autres lui avaient donné la permission de s'amuser plus loin. Il était déjà assez pénible de devoir écouter un Enutrof radoter... Alors si en plus il fallait faire comprendre la conversation à un Iop incapable de suivre, tout cela allait prendre des heures.
Or nos héros n'avaient pas de temps à perdre. La gloire éternelle pour avoir capturé le chef des Roublards, ça n'attend pas !

— Et puis quand t'as les reliques, t'as gagné. Pas le Dofus, hein, juste les reliques. Parce que bon, ensuite c'est pas encore gagné que je disais à Tautole. Tu sais, Tautole, mon pote le Féca. Lui c'est un bon, un vrai de vrai. Mais on a dû le suicider pour la cause. La nôtre de cause car lui y voulait pas se suicider. C't'un pote. Mais un pote égoïste qu'on lui a dit. Alors on l'a suicidé car seul un fantôme pouvait nous aider. Et comme on en connaissait pas. Tu vois ?

À force d'opiner, Lirufec allait finir par avoir besoin d'antalgique contre les maux de tête. Pour le moment, il se concentrait sur la douleur afin de ne pas écouter les paroles de l'ancien héros, ni de respirer son haleine chargée. Il se demandait dans quelle mesure le secret de la longévité de l'Enutrof ne résidait pas dans l'alcool : il en était tellement imbibé que cela devait sûrement l'aider à conserver les chairs en place.

— Alors, tu vois, une fois suicidé, ben, il était déjà bien plus utile. Parce que Tautole, au niveau des armures, c'était une vraie passoire. En tout cas, c'est comme ça qu'on a rencontré le Minotoror. Une vraie bouse ce monstre !
— Et comment s'est déroulé le combat ? demanda Mortimer.
— Ben je sais plus trop. Moi tu sais, j'me contente de regarder les autres en leur souhaitant beaucoup de Chance. C'est pas que j'sais pas me battre mais quand t'as un Crà qui lance des Flèches Explosives, ça va tout de suite mieux. Et puis t'es pas obligé d'aller au corps à corps. Tu laisses faire les autres. Et puis moi, j'avais pas les armures de Tautole, vu que Tautole, on l'a...
— Suicidé, on le sait, commenta Domy, légèrement excédée par tant de radotage.
— Ouais, Mazelle, suicidé qu'on l'a fait. Et puis moi, j'ai lancé ma Maladresse de Masse, parce qu'au moins c'est plus utile que Tautole quand il était vivant. Mais j'ai plus de mousse, tête de mort ! Tu vas m'en chercher, p'tit gars ? Ben en tout cas, on l'a bien abîmé le Minotoror. Et pendant que les autres lui refaisaient la façade, moi j'ai dû ramper jusqu'au Dofus. C'est pour ça que j'peux te dire qu'il a une sacrée odeur le Dofus Pourpre. Moi j'y voyais rien, mais je le sentais bien de loin.
— Et ensuite ? Une fois en possession du Dofus, qu'avez-vous fait ?
— Eh, tu m'passes la mousse tète de mort ? Quoi ? Ben, le Dofus on l'a pris et on est parti. Même qu'il était super lourd et tout rouge. Un peu comme le Crâ, tu vois. Le Minotoror lui a renvoyé sa Flèche Explosive en pleine tronche. Alors il était un peu rouge comme le Dofus Pourpre.
— Et maintenant, il est où le Dofus ? demanda Domy pendant que Lirufec prenait un médicament pour son mal de crâne.
— Ben qu'est-ce que j'en sais moi ? avoua Lykhen.
— Vous avez bien volé le Dofus Pourpre au Minotoror, non ?
— Ben, ouais.
— Alors, où est-il ?
— J'sais pas.
— Réfléchissez ! Il doit bien être quelque part !

Il ne fallait pas énerver Domy. Il ne fallait surtout pas la contrarier lorsqu'elle venait de faire preuve de patience, car elle n'en avait pas beaucoup et qu'elle détestait la gaspiller. Elle devait déjà gérer un lutin paillard, un guerrier réfléchissant avec ses pieds et un Sram ayant des crises de kleptomanie. Elle n'avait plus beaucoup de patience à consacrer à autrui.
— Bah, p'être bien qu'il est chez Allen Déchakal. J'lui ai prêté pour qu'il le montre à sa fiancée. Tu sais la p'tite Edrige Valling.
— Et il vous l'a rendu ?
— Ben j'sais pas. Tu sais ma petiote, à mon âge, on a plus trop sa cervelle. Alors un Dofus de plus ou de moins... C'est qu'un truc qui prend la poussière.
— C'est pas censé être une relique super puissante qui permet de devenir plus fort au combat ? demanda Mortimer pendant que Domy invoquait des Tofus pour les frapper et se passer les nerfs.
— Oui mais bon, quand t'en as vu un, tu les as tous vus. Si c'est pas Allen Déchakal, c'est p'être qu'il est dans mon garde-trésor.
— Et où est le garde-trésor, insista le Sram.
— j'sais pas. J'y suis pas allé depuis des lustres. P'être là où y a le Dofus Pourpre.

Et c'est ainsi que l'un des objets les plus convoités du Monde des 12 avait disparu dans les limbes de la mémoire d'un héros alcoolique, certes, mais vivant.

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