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Où ils se ressemblent comme deux gouttes d'eau qui font déborder le vase
Chapitre XIX

Après avoir été éjectés du village des Brigandins par un robot Pousse-Pousse, nos quatre héros se débattent avec une troupe de Blops un peu trop affectueux et visiblement très interressés par les sons émis par le cerveau malade du Iop. Cela ne veut bien sûr pas dire que les personnages de cette classe sont tous fous. Cela signifie juste que le mal de crâne de Kevlhard tend à amplifier le bruit de son petit organe baignant dans le liquide céphalorachidien au milieu de sa boître crânienne. Bon, en clair, l'intelligence n'est pas la première qualité de notre compagnon, ni même la deuxième, la troisième ou la quatrième.
Mais en ce qui concerne les Blops, c'est en cela que le Iop plaît.

Nos quatre héros s'étaient mis en marche vers Bonta, car il fallait bien se donner une destination au lieu d'errer sans but. C'est d'autant plus important qu'ils se trouvaient au milieu des plaines de Cania, soit approximativement au milieu de nulle part, si ce n'est dans une zone pleine de monstres.

— Mais enlève-moi ça de là, dit Mortimer à Domy qui essayait de décoller un BiBlop récalcitrant du crâne poli du Sram. C'est pas parce que j'ai pas de cheveux que je veux avoir un machin gluant sur la tête. Bon sang !
— Arrête de gigoter ! répliqua l'Osamodette. J'arrive pas à trouver une prise pour l'empoigner.
Pendant ce temps, Kevlhard continuait de gémir doucement en traînant les Blops agglutinés sur lui.
— J'ai vraiment mal. Parlez moins fort, dit le Iop d'une voix suppliante.
— Tu n'aurais pas un remède, toi l'Eniripsa ? demanda Domy. Après tout, t'es censé être le soigneur de l'équipe.
— Eh, mais moi je soigne les blessures physiques ! s'offusqua Lirufec. Pas les déficits intellectuels, C'est quand même pas de ma faute si les ondes du cerveau Iop plaisent aux Blops.
— Ça se mange au moins les Blops ? demanda Mortimer. Je commence à avoir faim.
— On peut en faire du jus fermenté, lui répondit Lirufec.
Mais aussi étrange que cela puisse paraître, les Pétales de Blops ne sont pas comestibles aussi bien cuites que crues. L'eusses-tu cru ? Et sinon, une fois séchée, roulée, puis fumée, les feuilles de Blop Royal peuvent déclencher chez les plus faibles, d'importantes hallucinations, et une incroyable envie de se soulager. Une consommation excessive entraînerait même une mort subite.

En prononçant ces paroles, l'Eniripsa semblait prendre un ton plus docte que d'habitude, un peu comme s'il se souvenait de ses années d'études de médecine. Il se destinait à devenir un grand chirurgien militaire comme l'étaient son père et le père de celui-ci avant lui. Malheureusement. Lirufec préférait les petites culottes à dérober plutôt que les corps à disséquer... À défaut d'utiliser les, mots pour soigner, il les employait pour séduire les filles.

C'est eux ! C'est encore eux ! hurla une voix au loin.
Nos quatre compagnons se retournèrent et virent une petite troupe s'avancer dans leur direction.
— C'est qui "eux" ? demanda Kevlhard.
— Aucune idée, répondit Domy.
— On ne les a jamais vus ceux-là. dit Mortimer.
— C'est nous qui sommes "eux" ? demanda le Iop.
— Mouais, ça ne me dit rien, renchérit Lirufec en esquissant une grimace de dégoût à la vue de la Sadidette bien enrobée qui marchait vers eux d'un pas décidé, malgré la surcharge pondérale qui devait retenir chacun de ses pas comme des poids aux bras d'un haltérophile.

Outre cette masse de chair imposante rebondissant de manière peu appétissante à chaque foulée, la troupe se composait d'un immense Iop. d'un Sacrieur et d'un Enutrof.
— Rendez les Kamas! hurla le grand Iop.
— Mais de quoi vous pariez ? dit Mortimer. On ne vous connaît même pas.
— C'est vrai ça, ajouta Domy. On s'est déjà vu quelque part ? Et puis d'abord, un "bonjour" ça ne mange pas de pain !
— Oui, c'est ça. fais genre tu nous connais pas ! hurla le Sacrieur. À cause de vous on a perdu le Schmilblick que le notaire Bill Voeuzé avait estimé à 100 000 kamas !
— Rendez les Kamas ! hurla le grand Iop.
— Vous n'allez pas vous en tirer comme ça ! cria l'Enutrof de cette troupe. Il semblait chercher sa Pelle pour en découdre avec nos héros. À ses pieds, un chien hargneux montrait les crocs.
— Bon, on va peut-être décamper rapidement suggéra Lirufec en regardant la masse graisseuse de la Sadida foncer droit vers lui. C'était bien la première fois qu'une paire de seins l'effrayait autant. D'un autre côté, c'était aussi la première fois qu'il n'arrivait pas à distinguer les seins des poignées d'amour chez un être de sexe féminin... Chaque bourrelet semblait doté d'une vie propre.
— Ben pourquoi ? demanda Kevlhard.
— Parce que là comme ça, on n'a pas envie de les connaître, répliqua Mortimer en tirant le Iop par l'un des Blops collés à lui. Allez ! Filons d'ici!

La décision peut paraître peu glorieuse, mais ce fut bien celle de nos quatre héros. Ils prirent donc leurs jambes à leur cou, et les Blops qui restaient englués sur leur corps avec. De toute façon, il leur aurait été difficile de se battre avec des gelées vivantes les empêchant de faire correctement des mouvements d'attaque.

Malgré les Blops, nos quatre compagnons ont donc couru aussi vite qu'ils ont pu. Bientôt la troupe ennemie n'était plus visible et au bout d'une heure de course de fond, ils s'arrêtèrent de galoper. Ils s'étaient rapprochés de Bonta et d'une zone un peu plus civilisée. Des baraques de vendeurs se profilaient au loin.
— Oh des boutiques ! On va enfin pouvoir acheter un bout à manger. je suis mort de faim, dit le Sram.
— Oui, bonne idée ajouta Domy. Moi aussi j'ai faim.

***

Attention, lecteur, je vois bien à votre regard suspicieux que vous être en train d'essayer de vous souvenir à quel moment vous avez pu lire une description de repas dans ce feuilleton pour la dernière fois. La réponse est simple c'était il y a bien longtemps. Toutefois, nos héros sont humains. Du moins des humains de papier qui se nourrissent sans que le narrateur omniscient ait nécessairement besoin de signaler la chose à l'attention du lecteur. Après tout, je passe sous silence bien des aspects de l'aventure. Vous n'avez pas spécialement envie d'avoir une description de Domy essayant d'assouvir un besoin urgent loin du regard de ses compagnons, en étant persuadée qu'elle est cachée derrière un buisson, alors qu'un groupe d'aventuriers cheminant sur un sentier des alentours a une vue imprenable sur son arrière-train.

***

D'habitude le Iop est un esprit nain dans un corps sain. Dans le cas de Kevlhard, le corps était lui aussi en piteux état. Il se traînait comme il le pouvait derrière ses compagnons déjà en train de commander des casse-croûte dans l'une des baraques qui bordaient la route vers Bonta. Les quelques Blops restés collés à lui (malgré la course à travers la Plaine de Cania et la nausée suscitée par la gestuelle imprécise du Iop) finissaient de vomir sur lui les morceaux de nourriture qu'ils avaient ingérés il y a quelques semaines de cela. Oui, le Blop est un animal qui digère lentement, toutefois il absorbe ses aliments en une seule fois au lieu de les mâcher, de les stocker, et de les régurgiter pour les remâcher comme le font les animaux ruminants.

C'est à ce moment-là que la voix d'une personne, située derrière Kevlhard, parvint à son cerveau.
— Eh ! Toi ! dit l'inconnu.
— De quoi ? répondit le Iop.
— Tu veux jouer aux cartes ? lui demanda l'homme.
Kevlhard regarda plus attentivement son interlocuteur. C'était un Eniripsa étonnamment grand. Non pas que les êtres de cette classe s'apparentent habituellement aux nains, mais il faut tout de même avouer qu'ils sont de petite taille. Le Iop faisait visiblement face à l'exception qui, confirme la règle. En temps normal, Kevlhard aurait dit quelque chose comme, « Non, mais je suis Iop, mais quand même ! t'as vu ma tête ? Suis malade ! » Là, il se contenta d'émettre un son de désapprobation. Malheureusement, le « beuh » fut compris comme un « oui » par l'Eni géant et celui-ci entraina avec lui le Iop mal en point.

Pendant ce temps-là, les trois autres héros dévoraient à pleines dents les petits beignets de Greu-vette.
— Chaitropon ! s'exclama Domy la bouche pleine.
— Moui ! répondirent en coeur les deux autres en hochant la tête.
— L'est où Kev'? demanda l'Osamodas en avalant un nouveau morceau de beignet sans le mâcher.
— Chaipô, répondit Lirufec en continuant de mastiquer.

Ils aperçurent au loin la crinière orange de leur compagnon Iop. Il était attablé à une autre baraque et une petite troupe l'entourait. On pouvait distinguer un grand Sram tout maigrichon, un petit Iop assez gros, une Osamodas assez vieille et un Eniripsa étonnamment grand.
— L'est debout sur sa chaise l'Eni ou quoi ? s'exclama Mortimer.
— Euh, non, je crois qu'il est vraiment grand, répondit Lirufec un peu interloqué de voir un de ces semblables le dépasser de plusieurs têtes de haut.
— C'est marrant ! On dirait nous en un peu différent dit Domy. Sauf que leur Osamodas est vraiment ridée.
— Sauf que leur Eniripsa n'est pas nain, s'exclama Mortimer.
— Oh ben, leur Sram non plus n'est pas nain. bougonna Lirufec.
— Mais leur Iop a l'air aussi bête que le nôtre, ajouta Domy.
— Oui, c'est pas faux, acquiescèrent les deux garçons.

Nos trois compagnons se rapprochèrent de Kevlhard qui était visiblement en train de jouer aux cartes et de perdre.
— Bonjour, dit Domy avec un large sourire. Vous jouez à quoi ?
— On fait une partie de « qui perd perd », répondit l'Eniripsa géant. Tu connais? Chacun mise quelque chose et celui qui perd, perd tout.
— Et là, vous avez misé quoi ? s'enquit Mortimer qui sentait l'arnaque.
— Nous, on mise un Schmilblick, dit l'Eni en montrant un truc à la forme indéfinie posé près de lui.
— Mais c'est quoi votre machin chose-là ? demanda Lirufec en inspectant l'objet.
— Un Schmilblick. Il paraît que ça vaut super cher ! On l'a gagné en jouant contre des aventuriers, répondit l'Eniripsa en posant ses cartes sur table. Voilà j'ai encore gagné !
Les trois compagnons regardèrent Kevlhard.
— T'as joué quoi cervelle de Iop, demanda Mortimer.
— Le Blop !dit-il en désignant la créature visqueuse rose qui était restée accrochée à son cou.

Finalement, malgré son mal de crâne, Kevlhard n'avait pas perdu quelque chose qui coûte les yeux de la tête.

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