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Où ils quittent les bras de Morphée pour tomber de haut
Chapitre XVIII

Nous avions laissé nos héros sombrer dans les bras de Morphée et se faire transporter dans les airs vers le continent d'Amakna. Les Zoths n'avaient pas du tout apprécié leur performance musicale sous l'emprise du jus de coco fermenté et les avaient expédiés chez les Brigandins.
Ce fut l'occasion pour votre narrateur omniscient préféré de décrire ces différentes familles aborigènes en attendant que les quatre compagnons se réveillent de leur sommeil de plomb.
C'est chose faite et nous allons pouvoir reprendre le cours de l'histoire...

Lirufec se frottait les yeux pour se réveiller tout en profitant de la situation pour se coller contre la jeune Osamodas qui lui donna une baffe afin de le sortir définitivement de sa torpeur.
— Ouch ! Mais tu fais mal s'exclama l'Eniripsa.
— Ça t'apprendra à garder les pattes loin de moi, répliqua Domy avec colère.
— Pas si fort ! grommela Kevlhard. J'ai vraiment mal aux cheveux.
— Je ne suis jamais venu ici auparavant, dit Mortimer en faisant le tour de la pièce du regard. Ça, c'est sûr.
— Bon, il faut qu'on se lève et qu'on trouve comment on a atterri ici, déclara l'Osamodas, décidément bien réveillé.
— Pas si foooort ! gémit le Iop. J'ai mal...
— Allez, secoue-toi tête de Iop ! lui lança Domy. On ne va pas rester là à attendre que ton crâne se remplisse, car ça n'arrivera jamais de toute façon.
— Méééééé, gemit Kevlhard en se traînant vers les autres.
C'est alors qu'apparut Yan Chenap, mécano Brigandin, qui n'avait pas l'air ravi de voir des individus entassés dans son débarras.
— Laisse-moi passer! J'ai perdu l'inducto-réduleur de mon Bumper. Si seulement il me restait assez d'énergie Oclitique pour réparer mon modèle BZ4A...
— Euh, bonjour monsieur... Monsieur? demanda poliment Mortimer.
— Ouste ! répliqua le Brigandin visiblement irrité. Sortez d'ici !
— On ferait mieux de sortir d'ici, déclara l'Osamodas.
— J'ai mal, murmura le Iop.
Sans demander leur dû, les quatre compagnons quittèrent la pièce, laissant le bricoleur chercher sa bricole. Ils découvrirent alors qu'ils se trouvaient sur une plateforme arrimée à des arbres. Le village où ils s'étaient réveillés se situait en altitude, à l'abri des regards. Une jeune fille d'allure avenante passa près d'eux.
— Euh, bonjour mademoiselle ! lança le Sram en espérant que cette fois-ci on lui réponde.
— Je ne parle pas aux inconnus, répliqua la fille avant de s'éclipser.
— Oh, vous êtes réveillé? s'exclama une petite voix dans le dos de l'Eniripsa.
Les quatre aventuriers se retournèrent pour découvrir une autre jeune fille d'allure frêle.

— Je m'appelle Frye Handiz, dit-elle avec un sourire. Vous avez été amené ici par les Zoths. Ils vous ont mis dans le transporteur Brigandin pour vous faire quitter l'île d'Otomaï.
— Est-ce que vous pouvez nous dire où nous sommes, demanda Lirufec, très mielleux.
— Vous êtes dans le village des Brigandins. Nous sommes les maîtres des airs grâce à notre don pour la mécanique. La plupart des machines volantes du monde ont été construites par nous. C'est grâce au transporteur que nous avons construit que vous êtes ici.
— Mais pourquoi les Soths nous ont amenés ici? demanda Mortimer.
— Ce sont les Zoths, les habitants de l'île d'Otomaï, répondit Frye. Visiblement, vous les avez irrités en faisant beaucoup de bruit. Ils se sont débarrassés de vous par les airs. Il va falloir que vous vous en alliez d'ici.
— Mais pourquoi ? Nous venons à peine de débarquer et nous ne savons même pas où aller, s'étonna Domy.
— Seules les personnes qui obéissent aux ordres de Brâkmar peuvent rester ici, expliqua la Brigandine. Le village est sous occupation brâkmarienne depuis plusieurs mois. Comme vous n'êtes pas affiliés, Vous devez partir.
— Vous êtes sûre que vous ne pouvez pas nous accorder une petite faveur, jolie mademoiselle ? dit Lirufec encore plus cajoleur tout en baisant la main de la jeune fille.
L'Osamodas réprimandait une expression de dégoût devant la scène quand une forte voix les fit tous sursauter.
— Eh, Stop coco! Tu crois aller où comme ça ?! Hors de question que tu t'approches de mes enfants ! Je ne veux pas que quelqu'un d'aussi faiblard que toi les approche. Ils ne doivent avoir que les meilleurs exemples pour être les meilleurs par la suite !»
C'était Mama Ayuto qui hurlait ainsi. La chef des Brigandins ne rigolait pas et était accompagnée de plusieurs Robots Pousse-Pousse. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire « ouf », nos quatre compagnons furent éjectés hors du village par les robots à coup de pieds dans le derrière. Comme le village se situe en hauteur au sommet d'arbres d'âge vénérable, ils firent un joli saut plané avant de voir se rapprocher de plus en plus vite le sol. Comme tout le monde le sait, le plus dur, ce n'est pas la chute, mais l'atterrissage. Celui-ci fut effectivement assez douloureux.

Mais ils eurent la chance de tomber dans les buissons qui amortirent un peu la chute. En contrepartie, ils n'eurent que le désagrément des épines. On ne peut pas tout avoir...

***

Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec la région où se situe le village des Brigandins, sachez qu'il s'agit d'un lieu entouré par deux massifs montagneux posés au milieu d'une vaste plaine. On la nomme la plaine de Cania bien qu'elle s'étende sur un vaste territoire où divers monstres résident. Parmi les plus dangereux, on trouve les Craqueleurs des plaines.

Cette forme de Craqueleur se distingue des autres par sa couleur plus dorée due aux longs bains de soleil. C'est pourquoi sa peau est aussi hydratée que les terres du Sahara après une canicule. Du coup, il n'a plus un poil sur le caillou. Il a une notion du temps différente de la nôtre. Aussi met-il un certain moment avant de se rendre compte que des aventuriers de passage lui ont arraché un morceau. Les forfitications de Bonta et de Brâkmar ont été faites à partir de ces blocs. Parmi les roches recherchées, on peut noter les fragments de la fesse gauche, arrondi et poli par de nombreuses stations assises, et les bouts de pierre pointue venant de l'omoplate droite ou de quelque part au niveau de l'entrejambe. Ces créatures paisibles vivent en compagnie de Corbacs qui leur curent le nez et autres orifices.

Ces oiseaux-là sont surtout connus pour la méthode particulière qui est requise pour les attraper. C'est une technique que les aventuriers se transmettent de génération en génération. Voici le détail de cette chasse. Il faut revêtir un déguisement de Lenald, se munir d'un gros morceau de fromage (si possible qui sente très fort), et attendre que le Corbac se perche sur une branche. Là, vous vous approchez, vous lui faites sentir le fromage tout en lui racontant des boniments. Dites-lui qu'il est beau, que sa voix est plus belle que celle de n'importe quelle Enutrofette.
Amadoué, le Corbac tentera de déchiqueter le fromage et de le picorer. D'un coup ferme, attrapez-le par le cou et mettez-le en cage. Attention, si vous ne vous êtes pas lavé les pieds auparavant, il est possible que ce soit vous qu'il prenne pour un fromage. Et voilà, vous avez un Corbac en cage. Reste la question primordiale : à quoi peut bien servir d'attraper un Corbac vivant? Réponse : à rien. Mais la technique est si pittoresque que tout le monde la connaît dans les environs de Cania.

Plus dangereux que les Corbacs, mais moins que les Craqueleurs des Plaines, on trouve le Kanigrou. Armé d'une lance, cet animal arpente les plaines de Cania, prêt à éventrer les voyageurs. Ne vous approchez pas de trop près.
Vous finiriez en pâté pour Chienchien (même si celui-ci préfère le poisson frais). Seuls les Tekni chiens peuvent aborder les Kanigrou sans susciter des réactions légèrement extrêmes comme l'éviscération ou le carnage. On raconte que le plat préféré de l'Ouginak est l'oreille de Kanigrou sauce nature. Mais traditionnellement, on la cuisine avec beaucoup de menthes sauvages et quelques ongles pour le goût. Les autres morceaux servent aussi à faire des conserves très roboratives. Les touristes peuvent les emporter pour lutter contre la faim (en les réchauffant) ou contre les monstres (en les lançant). Ainsi, le Kanigrou en boîte est vraiment le meilleur ami de l'homme.

Dans la zone la plus à l'Est, on trouve aussi une variété de cochons assez malveillants : les Porkass. Ceux-ci ont bien failli disparaître de la chaîne alimentaire. Il a fallu accoupler des sangliers et des cochons de lait pour à nouveau remplir les Plaines de Cania. Cette disparition aurait été un désastre culinaire, car le bâton du berger Porkass est particulièrement savoureux (surtout avec une bière Bwork pour en annihiler l'odeur). Depuis, le Porkass en veut à la terre entière. Quel caractère de cochon quand même! C'est bien dommage, car dans cette créature tout est bon : le cuir, les côtes et même le dentier. Quant au slip, il est fort prisé. Dame Harre avait l'habitude de dire « Un porkass sans slip est un porkass mort ».

Face à tous ces dangers potentiels, vous êtes bien entendu, cher lecteur, en train de frémir sur le sort de nos quatre héros. Seront-ils de taille à affronter les Craqueleurs des plaines ? Survivront-ils à une attaque de Kanigrou ? Vont-ils se faire déchiqueter par des Porkass? La réponse est simple : ils ne rencontrent aucun de ces dangereux monstres. Pour le moment, ils s'extirpent comme ils le peuvent des buissons sous le regard des Blops, entité vivante que les spécialistes ont du mal à classer parmi les animaux ou les végétaux. Cultivés par les Koalaks, accompagnant les Kanigrous, les Blops font partie des merveilles de Cania. Le langage blop ou bloblorysme est l'un des plus difficile à comprendre de tout l'univers. Il faut secouer le corps en répétant « blop » ou « pas blop, pas blop » sur un rythme stochastique.

Le langage blop est difficile à prononcer. Selon le professeur Ancéfal O'Gramepla, les gens ont trop souvent tendance à confondre le « blop » avec divers éléments comme « blurp » (phonème émis par les Sadidas après un repas copieux), « beurk » (bruit signifiant le dégoût du Pandawa goûtant à l'eau), ou encore « bling » (son du cerveau Iop se cognant dans la boîte crânienne).
C'est sans doute le bruit du cerveau de Kevlhard se débattant dans la tête du Iop qui a attiré les Blops autour de l'apprenti paladin. Il est imperceptible par la plupart des humains, mais parfaitement audible par les Blops, qui se sont mis à coller Kevlhard.
— Mais c'est quoi ces trucs ? s'exclama le Sram en essayant de se défaire d'un Blop vert accroché à sa cape.
— J'en sais rien, mais ça a l'air de nous aimer, dit Domy tout en décollant un mini Blop rose de son chapeau.
— C'est vraiment collant en plus, dit l'Eniripsa.
— Presque autant que toi en fait, lança l'Osamodas.
— J'ai toujours mal au crâne. gémit le Iop. Vous pouvez pas parler moins fort ?
Kevlhard était recouvert de Blops qui l'avaient pris d'affection. Était-ce à cause de son mal de tête que le bruit de son cerveau plaisait tant aux Blop ? Difficile à dire, mais une chose est sûre : avec toutes ces créatures accrochées à leurs basques, ce n'est pas dans ce chapitre que nos héros vont accomplir de hauts faits et gestes épiques !

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