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Où l'on tombe sur un bec quand on ne se méfie pas de l'oiseau qui dort
Chapitre XV

Après une sortie peu glorieuse hors du corps d'un Craqueleur géant et un atterrissage chaotique, nos compagnons décidèrent de se laisser guider par le Iop à travers l'île mystérieuse. On peut penser qu'ils se comportent comme des pigeons. Donner les rênes à celui qui est loin d'être un aigle ? C'est un peu faire l'autruche et ne pas vouloir regarder les problèmes en face. D'un autre côté, être raisonnable et faire bon coeur ne leur a jusqu'à présent pas permis de faire fortune.

Une fois débarrassés des lianes dans lesquelles ils étaient empêtrés, nos quatre compagnons se mirent en route sous la direction du Iop.
— On va par là ! décréta Kevlhard tout content de sa nouvelle place dans l'équipe.
— Euh, tu veux dire quoi précisément ? demanda l'Eniripsa dubitatif. Quand on dit ça, normalement, il faut désigner une direction.
— Ah, oui, c'est vrai ! reconnut le Iop.
Il se mit à réfléchir malgré sa cervelle de Piou et avec son index il finit par désigner une direction.
— Ce sera par là ! s'exclama-t-il. On va vers le Sud.
— Tu veux dire vers le Nord, rectifia Domy. Le Sud est derrière toi.
— Le Nord, le Sud, c'est pareil, dit Kevlhard imperturbable. C'est par là ! Suivez-moi et vous ne serez jamais perdu.
Comme le Iop ne savait pas où était le Nord, il ne pouvait effectivement pas le perdre et le suivre n'était donc pas une idée complètement à l'Ouest.
C'est pourquoi Mortimer, Domy et Lirufec se résignèrent à emboîter le pas de Kevlhard. Nez au vent, sourire aux lèvres et reste de feuilles de salade aux dents, le Iop marchait en tête suivi par le Sram puis l'Osamodas. L'Eniripsa fermait la marche soit disant pour surveiller les arrières, mais surtout pour regarder celui de Domy...

***

Ils ont marché droit devant eux. C'est du moins ce qu'ils pensaient. Mais la jungle où ils se trouvaient était tellement dense et les arbres si semblables qu'il était difficile de dire s'ils tournaient en rond ou pas. Après plusieurs heures de marche, Mortimer commençait à trouver le temps vraiment long. Domy avait mal aux pieds et se demandait si elle n'allait pas invoquer un Bouftou pour faire le trajet sur son dos malgré la puanteur de sa laine. Lirufec marchait aussi vite qu'il le pouvait : ses enjambées étaient plus petites en raison de sa taille. Rappelons qu'il n'est pas un nain mais une personne de petite taille.
— On n'a toujours pas changé de décor. Ce sont toujours les mêmes arbres. J'ai l'impression qu'on n'avance pas, bougonna le Sram.
— Mais si, on avance ! lui répondit Kevlhard toujours aussi content de guider les autres.
— C'est vrai que ça devient monotone, renchérit Domy.
— Ça se trouve, on est dans une grande forêt, dit le Iop sans se démonter.
— Ça se trouve, on tourne en rond, maugréa Mortimer.
— Ça se trouve, elle est vraiment très grande, dit Kevlhard.
— Ça se trouve, vous allez vous taire car ça ne sert à rien, conclut Lirufec. Ma parole, mais vous êtes bavards comme des pies !
— Moi, j'aurais plutôt dit perroquet, murmura Domy.
— Des pies ? C'est toi le butor ! protesta Mortimer. Et puis regarde Kevlhard ! Il a pris la grosse tête depuis qu'on lui a dit de guider le groupe.
— C'est vrai qu'il a une grosse tête, dit Domy. Je n'avais jamais fait attention à sa chevelure, mais là on dirait qu'elle a doublé de volume.
— Qu'est-ce qu'elle a ma tête ? Elle est très bien ma coiffure !
Au même moment, la chevelure du Iop se mit à bouger comme si elle manifestait son approbation.
— Refais ça pour voir, lui demanda le Sram.
— Refaire quoi s'étonna le Iop
— Ce que tu viens de faire avec tes cheveux, lui dit Domy.
— Mais je n'ai rien fait ! protesta Kevlhard.
Au même moment une paire d'yeux s'ouvrit au milieu de la crinière couleur Cawotte du Iop. Tous s'arrêtèrent net devant cette étrange manifestation de vie pendant que Kevlhard, inconscient de ce qui se passait, se grattait la tête tout en continuant de marcher.
Arrête-toi crâne de Tofu ! lui lança Mortimer. T'as un monstre dans les cheveux !
— La bonne blague, répliqua Kevlhard. Tu me prends vraiment pour un idiot !
— Criiiiiii ! fit la paire d'yeux obligeant le Iop à s'arrêter.
C'est alors que sortit de la chevelure un oiseau étrange dont la tête semblait incrustée dans une noix de coco.

***

Pour les lecteurs amateurs d'ornithologie, nous ne résistons pas à l'occasion qui nous est donnée de vous présenter cette curiosité de la nature. Le Bitouf est un volatile vivant exclusivement sur l'île où se trouvent nos héros, bien à l'abri de toute hybridation avec des oiseaux moins stupides. Oui, il faut l'avouer, cette créature n'est pas un aigle. C'est le seul animal qui à force de vouloir se forger une image aviaire singulière a fini par avoir une noix de coco en guise de tête et des échasses à la place des pattes.
D'après les légendes insulaires, le premier Bitouf était quelque peu prétentieux et regardait de haut ses congénères (au propre comme au figuré). Mais comme il était maladroit, il tombait fréquemment de toute sa nouvelle hauteur et devait porter un casque de fortune pour ne pas se fracturer le crâne. À force de vivre ainsi, ses descendants ont intégré dans leurs gènes les prothèses végétales. Le Bitouf n'a jamais été connu pour ses performances en vol. Vu les ailes qu'il a, c'est normal. En revanche, il est très doué pour la course en raison de ses longues pattes qui lui permettent d'avoir une très grande foulée.

***

Mais revenons aux quatre compagnons et au Bitouf ayant élu provisoirement domicile dans la tête du Iop.
Cet oiseau est sûrement de mauvais augure décréta Mortimer.
— Faites le sortir de mes cheveux ! cria le Iop
— Tu peux le faire tout seul, répliqua l'Osamodas. Secoue ta tête et il va s'envoler!
— Aidez-moi ! Il me fait mal avec ses griffes !
— Et pourquoi on t'aiderait? demanda l'Eniripsa moqueur.
— Parce que je le vaux bien, dit-il en secouant la tête pour faire bouger sa chevelure emmêlée.
Bien que secoué, le Bitouf n'était pas décidé à partir. Il trouvait que la tête du Iop était confortable et l'endroit idéal pour faire son nid. Il s'y agrippait donc avec beaucoup de vigueur ! Pendant ce temps, Mortimer, Domy et Lirufec essayaient de le tirer hors des cheveux.
— Mais tu me fais mal ! lança le Iop à l'Eniripsa.
— Désolé, j'ai raté la patte, répondit Lirufec. T'as qu'à arrêter de bouger !
Au lieu de faire s'envoler le Bitouf, les compagnons de Kevlhard faisaient pleuvoir une volée de coups sur son crâne. Mais on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs. À force de tirer sur le volatile, celui-ci s'extirpa de la tête de Kevlhard en criant son mécontentement. Les quatre aventuriers n'eurent pas le temps de se remettre de leurs émotions car en à peine une minute, l'oiseau revint avec une troupe de volatiles montés sur échasses. furieux d'avoir été délogé sans ménagement, le Bitouf avait rameuté ses congénères pour punir les importuns.

Comme nous l'avons indiqué précédemment, les Bitoufs ne sont pas connus pour leur aptitude au vol. Mais ils courent vite et, tels des vautours s'abattant sur leur proie, les Bitoufs foncèrent sur nos quatre héros, bien décidés à leur voler dans les plumes. De quoi donner la chair de poule même lorsqu'on n'est pas une poule mouillée ! Lirufec détala aussi vite que ces petites jambes le lui permettaient. Mortimer faisait s'entrechoquer ses os en se remémorant les conseils de ses parents en cas de problème : « Cours, petit ! Cours ! » Domy poussait des cris de paon. On aurait pu croire que le volume sonore aurait fait fuir les oiseaux, mais il semble que cela les excitait encore plus contre les fuyards.

Et comme dans les précédents chapitres, nous allons clore ici en queue de poisson !

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