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Où l'on brode à peu de frais au fil des pensées
Chapitre XI

Lorsque nous avions quitté nos compagnons, ils venaient de servir de boulets de rechange pour le canon des pirates. Après un vol bref et un amerrissage mouvementé, ils flottaient comme ils le pouvaient au gré des vagues, arrimés à un Bouftou invoqué par Domynette. Trop occupés à dézinguer des Kannibouls, les pirates les avaient laissé partir à la dérive. Il faut dire que les batailles navales occupent bien ceux qui les vivent en direct et non sur une feuille de papier en nommant des cases au hasard.
Et c'est ainsi que nos héros poursuivaient leurs aventures palpitantes au fil de l'eau après avoir été sur le fil du rasoir...

D'un autre côté, il est possible de dire que leurs aventures durant ce chapitre sont rasoirs. Il est assez difficile de narrer des événements palpitants lorsque les personnages sont ainsi trimballés au gré des vagues. Oui, cher lecteur, je ne te cache pas que même moi, génial narrateur omniscient, je ne peux guère pimenter cette séquence. Le Bouftou de l'Osamodas nage, les quatre héros s'y agrippent, fin du chapitre.

Bien sûr, il est toujours possible de faire une hypotypose de la scène par le biais d'accumulations rhétoriques afin d'amplifier l'intérêt somme toute dérisoire de cette dérive. À moi les amplifications, les anaphores et autres figures de la répétition !
La dérivation de la phrase mimerait alors l'errance des personnages. Mais cela serait accorder trop d'importance à une situation insipide.
C'est pourquoi, dans ma grande mansuétude, je vais t'épargner une description inutile et te permettre, ô lecteur, de lire dans les pensées des personnages. Cette feinte n'a bien sûr aucun lien avec le fait que les passages descriptifs m'ennuient. Loin de là.
Pendant ce trajet maritime à dos de Bouftou, ou du moins arrimé aux poils de la bête, nos quatre compagnons de fortune divaguaient pour passer le temps. Voici donc leurs pensées.

***

Porte, monstre, trésor. C'est comme ça que ça se passe normalement ! C'est ce que me disaient toujours les anciens. Tu ouvres une porte. Tu bats le monstre. Tu as un trésor. Un vrai trésor ! Avec des trucs qui brillent. Genre un super élément de panoplie à garder pour quand je serai plus grand et plus fort. Ou alors juste des kamas.
Oui, les kamas c'est pas mal. Mais alors, plein de kamas ! Des tas de kamas ! Des montagnes de kamas ! J'ai juste à pousser la porte et à tuer le monstre. Je ne comprends pas. Pourquoi je ne trouve pas la bonne porte ?

***

Oh là là ! Qu'est-ce qu'il est sale mon Bouftou quand même ! Il faut vraiment que je le brosse quand on sera à terre. Il a plein de noeuds, c'est atroce. Et puis, c'est quoi cette odeur ? Je n'aurais jamais crû qu'il pouvait puer autant! Espérons que l'eau de mer lave un peu toute cette laine fétide.
Franchement, quand je ne l'invoque pas, il pourrait un peu prendre soin de sa peau. C'est infecte, cette odeur ! Qu'est-ce que les autres vont penser de moi ?

***

La forme, c'est important !
J'ai toujours pensé que le balconnet était le modèle le plus intéressant. C'est le mieux car c'est très décolleté. Mais ses armatures maintiennent la poitrine quand même ! Faut pas croire !
Oui, c'est surtout sa découpe arrondie qui dénude le haut de la poitrine. Ça c'est bien ! Il fait remonter les petits seins. Il fait pigeonner les fortes poitrines. Il est vraiment idéal !
La brassière, j'aime moins. Les Crâettes disent que c'est mieux et que ça donne un maintien optimal pour toutes les activités guerrières.
Je trouve ça moins seyant. Oui, ça épouse la poitrine et c'est sans doute confortable. Mais qu'est-ce que c'est moche !

***

...

***

En fait, c'est peut-être bien qu'il nage un peu. Ça va le nettoyer. Mais quand même ! Il faudra que je démêle les poils.
Je pourrais lui faire une petite coupe, tiens ! Oui, c'est pas mal comme idée. Et je lui mettrais les rubans pour tenir les poils les plus longs. Ça doit être joli, des rubans sur un Bouftou. J'avais vu la fille d'Allister faire ça pas loin d'Astrub. Oui, je vais faire ça aussi.

***

C'est pas comme ça que je vais trouver une porte ! En plus, j'ai perdu un morceau de tibia. Pff ! Je vais finir par avoir plus de bouts de bois que d'os si ça continue.
Bon d'un autre côté, là au moins, on ne fait rien de dangereux. C'est limite reposant. C'est vrai quoi ! Il y a juste à laisser le Bouftou nager. Tiens ! D'ailleurs ! Ça sait nager, un Bouftou ? Je ne le savais même pas, en fait.
Bon, allez, on va dire qu'on n'a pas de trésor, mais qu'on a de la chance.
Quoi que... ça nage ? (Plonge la tête sous l'eau)
Ah, ouais... Et, en plus, ça pue !

***

Bon évidemment, il y a celles qui trichent. La dernière fois, j'ai bien senti que la femme de l'aubergiste avait ajouté des blancs de Tofu dans son soutien-gorge pour faire croire qu'elle a une poitrine généreuse.
Moi, je le vois tout de suite, si c'est artificiellement rembourré ou pas !
J'ai l'oeil !

***

...

***

J'aurais bien invoqué un Tofu. Mais bon, le pauvre, il n'aurait pas pu nous porter. C'est dommage. J'aime bien les Tofus.
Je ne comprends pas pourquoi les gens sont si méchants envers les invocations !
Genre : « Allez passe ton tour, petite ! T'as rien à faire sur le champ de bataille ! Range tes invoc' et laisse faire les grands ». Ils sont trop nazes !
Moi, j'aime les invocations. Elles sont toujours là quand il faut et en plus je ne suis jamais seule ! Elles sont toujours là pour me tenir compagnie. Et puis au moins, elles sont fidèles, elles !
Bon c'est vrai que parfois les Tofus ne sont pas très futés. Ils pourraient achever un monstre au lieu d'aller en narguer un autre. La dernière fois, le sac d'os a failli mourir à cause de ça.
Mais bon, ils sont trop choux ! J'adore quand ils courent en battant des ailes. C'est super choupi !

***

Peut-être que je devrais faire comme tous les Srams : peut-être que je devrais voler les trésors. Finalement, ça doit être plus simple que de trouver la bonne porte.
Et puis personne n'en saura rien. Je pourrais toujours prétendre l'avoir gagné au combat. L'argent n'a pas d'odeur.

***

Moi, j'aime bien quand c'est coordonné. Avec de la dentelle. Et il faut qu'elle en change régulièrement. C'est pas parce qu'on est une aventurière qu'on doit se laisser aller !
Et quand ça ne sent pas trop mauvais, c'est quand même mieux. Pas comme ce Bouftou !

***

...

***

Oui, c'est ça, dès qu'on touche terre, je redeviens un vrai Sram.
Je vole.

***

Avec de la dentelle ! C'est bien, la dentelle.

***

Super, super choupi !

***

Je vole.

***

De la dentelle !

***

Choupi !

***

Cher lecteur, ne va pas croire que ce chapitre ne comporte pas de péripéties ! Alors que nos compagnons étaient plongés dans leurs pensées, soudain une idée percuta le cerveau du Iop.
Oui, les idées se déplacent et cherchent toujours activement un lieu où s'épanouir. Celle-ci était d'ailleurs assez grande :

« On entend partout répéter l'expression « penser par soi-même », comme si l'on énonçait par là quelque chose de hautement significatif. En fait personne ne peut penser pour un autre, pas plus que manger ou boire pour un autre : cette expression n'est donc qu'un pléonasme. »

L'idée fit le tour de la boîte crânienne du Iop. Ne trouvant pas de support pour s'y développer, elle repartit aussitôt.
Certains estiment que les idées traversent les dimensions si elles ne trouvent pas de refuge dans un cerveau adéquat. Celle-ci aurait fini dans les circonvolutions cérébrales d'un philosophe.

***

Suite à cette première péripétie, une seconde se produisit. Alors qu'il ne se passait rien de visible sous le soleil de plomb, une ombre passa au-dessus du Iop et un « Flock ! » retentit dans le silence marin.
— Mais c'est que ça pue ! s'exclama Lirufec.
— Oh, ça va! Laisse mon Bouftou tranquille, répondit Domy.
— Non, c'est Kevlhard ! corrigea Mortimer. Regardez la grosse fiente qui dégouline !
Le Iop n'avait rien senti tant sa chevelure dressée avait amorti la chute de l'excrément.
— Mais ça vient d'où ? s'enquit Kevlhard tout en essuyant d'une main la déjection.
— Là-haut! Il y a une mouette! cria l'Eniripsa.
— Incroyable, on est sauvés ! hurla le Sram.
— Hein ? dit le Iop
— Oui, s'il y a des oiseaux, c'est qu'il y a une terre pas loin, lui expliqua Domy. Parce qu'une mouette, ça ne peut pas être invoqué par un Osamodas. Tu comprends ?
— Je comprends, donc je suis, dit le Iop hésitant. Je pense que je pense.
— Oh! Mais qu'est-ce qui lui arrive à cette tête de cierge ? s'écria le nain.
— Penser sans penser que c'est l'homme qui pense... poursuivit Kevlhard, l'air hagard.
— C'est rien, conclut Mortimer. Le soleil lui aura tapé sur le crâne. En plus, il a beaucoup vomi donc il doit être totalement lessivé.
— Oui, on s'occupera de lui une fois à terre, renchérit Domy. Allez Bouffie ! Nage vers l'île là-bas ! ordonna-t-elle à son Bouftou.

Et c'est ainsi que le Iop failli être intelligent, qu'un excrément permit de redonner espoir, et que nos amis se mirent en route vers une île sans doute déserte.
Trouveront-ils un point d'eau ? Organiseront-ils un feu de camp ? Réussiront-ils à surmonter les épreuves qui les attendent ? C'est ce que vous découvrirez lors de notre prochain épisode.

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